MILLENIUM de Niels Arden Oplev
2/10
Le film totalement inutile de la semaine. Supposé avoir dynamité le polar avec sa trilogie MILLENIUM, l'auteur suédois Stieg Larsson a cartonné à travers le monde et à donc ouvert la possibilité d'adapter le premier volet (LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES) au cinéma. Et quelle possibilité...Je n'ai franchement aucune confiance aux lecteurs de MILLENIUM qui devait sûrement être un énième polar avec intrigues à tiroir mais qui offraient des scènes de violence qui faisaient oublier qu'on pataugeait dans le déjà-vu. Ce qui n'est pas le cas du film: on sait pertinemment qu'on a déjà vu ce que l'on regarde 100 fois avant, en beaucoup mieux, et l'impression d'assister à un téléfilm faussement bien réalisé (seule la photographie sublime est à sauver) se fait de plus en plus évidentes au cours des 2 heures 30 interminables. Tout est long à installer, tout est dit, il n'y a pas de doute que le scénariste a bien pris soin de mettre TOUT ce qu'il y avait dans le roman pour la fidélité du récit. Sauf que le récit n'est pas original, et que l'heure en trop fait vraiment de trop. Soit l'histoire séparée de deux êtres à l'écart qui vont se retrouver pour mener l'enquête, comme dans tous les films policiers du monde. Mikael était un journaliste reconnu du magazine Millenium avant d'être accusé de diffamation contre un riche industriel qui cache quelque chose derrière sa fortune. Il décide de prendre du recul par rapport à sa vie qui n'a plus grand sens et part sans un mot. Il est alors rattrapé par Henrik Vanger qui lui demande d'enquêter sur la disparition de sa nièce...disparue depuis plus de 40 ans. Pourquoi engager quelqu'un après tant d'années ? C'est une bonne question à laquelle le métrage ne tentera jamais de répondre, prenant pour acquis le fait que Vanger est obsédée par sa nièce et n'a jamais pu passer un jour sans penser à elle. Parallèlement à ça, on découvre la vie de l'énigmatique Lisbeth, une jeune femme tirée vers son côté obscur, professionnel de l'informatique et espion à ses heures perdues. Les 20 premières minutes d'introduction de Lisbeth sont les seules intéressantes du métrage, puisque c'est à ce moment que l'on découvre une noirceur sans concession dans lequel le film aurait pu tomber s'il ne ressemblait pas à un RIVIERES POURPRES 3. Entre une fellation négociée par un tuteur enfoiré de service qui lui fait du chantage, un viol très bien mis en scène et une vengeance jouissive, tout le processus d'humanisation d'un personnage habillé en noir mais souffrant à l'intérieur est parfait. Le reste est totalement raté. Car à partir du moment où Lisbeth (qui observe l'ordinateur de Mikael) va le rejoindre pour son enquête, le tout va partir en vrille et va ressembler à un téléfilm en deux parties qui aurait eu sa place sur TF1. Inutilement long, le film se réveille dans sa dernière demi-heure pour nous montrer en un temps record le coupable, le flash-back qui explique tout, les retrouvailles avec Vauger et l'épilogue mièvre où Mikael va enfin avoir sa vengeance contre un jury qui l'a condamné coupable. Et j'exagère à peine dans ce développement puisque tout le reste du film est la découverte de cadavres reliées on ne sait trop comment à la disparition de Henriett, avant que tout devienne clair tout à coup. Le pire dans tout cela est la capacité du film à devoir tout nous expliquer à voix-haute comme-ci on avait pas déjà compris. La scène la plus ridicule du métrage sera en effet celle où, devant la voiture du meurtrier retourné, Lisbeth préfère le laisser brûler vif plutôt que de l'aider. Et c'est parti pour des minutes d'explications sur son comportement, le réalisateur se sentant obliger de nous dire que le flash-back de la fillette au début du métrage était un flash-back de Lisbeth. On avait compris que la petite fille avait brûlé une autorité parentale avec une allumette dans sa voiture, pas la peine d'en faire des tonnes dans les dialogues avec Mikael. Cela sera exactement pareil lors de l'hilarante escapade en Australie (totalement inutile) où Mikael retrouve enfin Harriet et la ramène au pays, celle-ci expliquant tout ce qui s'est passé depuis sa disparition. MILLENIUM ne laisse en fait aucune place à l'imagination sur le papier, et c'est en ça qu'il est un film complètement médiocre. Car quand on lit une histoire ultra-classique, on a encore la force de pouvoir imaginer ce que l'on veut. Mais quand on regarde un film ultra-classique qui en plus décide de nous retranscrire tout le bouquin sans penser une seconde que ce n'est pas le même procédé pour raconter une histoire, il y a véritablement un problème.
NIGHT AT THE MUSEUM 2 de Shawn Levy
7/10Voilà une suite qui fait plaisir à voir. NIGHT AT THE MUSEUM était un film sympathique qui avait cartonné autour du monde grâce à son capital de sympathie énorme, avec ce JUMANJI moderne se déroulant au musée d'histoire naturelle. La suite a donc été immédiatement annoncé, et c'est avec bonheur de voir que c'est la même équipe qui s'en charge. Car oui, NIGTH AT THE MUSEUM 2 est un divertissement parfois très enfantin mais qui donne exactement ce qu'il a promis: une grande aventure familiale bien plus grande et jouissive que le premier volet. Un vrai petit plaisir à voir, concocté donc par Thomas Lennon & Robert Ben Garant (de RENO 911) et réalisé par Shawn Levy qui étonne avec une réalisation certes académique mais beaucoup plus en mouvement que dans le précédent. On sent la volonté de faire un divertissement encore plus grand, et sa caméra passe-partout dynamique l'aide considérablement. On retrouve avec plaisir Ben Stiller (parfait du début jusqu'à la fin) dans la peau de Larry Daley, maintenant devenu inventeur à succès, ayant laisser tomber son job au musée depuis deux ans. De plus en plus consumé par son travail, il délaisse petit à petit ce qui faisait de lui un être extraordinaire. Jusqu'au jour où, transférés au plus grand musée du monde (Le Smithsonian à Washington) sans leur tablette, ses anciens amis l'appellent au secours à cause du fameux capucin qui a volé ce qui les rend vivant la nuit. Et tout le Smithsonian s'apprête à prendre vie. Autant dire que le concept de départ est déjà très satisfaisant, beaucoup plus énorme qu'une simple bataille de concierges ne voulant pas vieillir (le premier volet faisait un peu huit-clos mais servait de bonne introduction aux seconds rôles). Ici, le potentiel de voir le plus grand musée de monde prendre vie est parfait, d'autant plus que le film donne furieusement envie de visiter ce musée gigantesque. Le pari didactique est donc réussi, et bien entendu le film énervera beaucoup quand il prendra des airs de film enfantin avec des blagues un peu trop lourdes. Au programme des trucs qui ne font pas du tout rire: Abraham Lincoln et son analyse des relations, le Penseur (au départ hilarant) qui va draguer une statue devant lui avec ses muscles (à la fin pathétique), les horripilants Einstein, ou encore ce trio de cupidons incarnés par...les Jonas Brothers. C'était la touche de trop. Pourtant, derrière ces blagues faciles et vraiment basses se cachent une galerie absolument effarantes de seconds rôles et une intrigue prenante qui va faire de ce film un divertissement honorable. A commencer par la présence du génie Hank Azaria en Kamunrah, offrant des crises de rires jusqu'aux larmes dans ses dialogues insensées avec Stiller. Sa prestation tient vraiment de la perfection tant l'acteur, doubleur principal des SIMPSONS et second rôle toujours parfait (de GODZILLA à RUN FATBOY RUN), se fait oublier derrière son personnage égocentrique et assez pathétique sur la fin. Le pharaon diabolique sera aidé dans sa quête par trois personnages légendaires: Napoléon (Alain Chabat), Ivan le Terrible (Christopher Guest) et un Al Capone en noir & blanc. Tout se petit monde se bat, se baladent dans les couloirs, et les scénaristes ont eu la bonne idée de corser les choses avec des animaux intrépides (un poulpe géant) ou avec de nouvelles règles (l'idée de génie des tableaux qui s'animent). Mais ce qui fait bien évidemment le plus rire dans le film, c'est toute cette réunion de talents comiques qui rend la vision encore plus drôle: Owen Wilson et Steve Coogan dans une parodie déjà culte de 300, Robin Williams en Theodore Roosevelt, Bill Hader à mourir de rire en Général Custer complètement à côté de ses pompes, la magnifique Amy Adams bien loin de la fille niaise de service (elle est resplendissante en aviatrice aventurière), Ricky Gervais en directeur de musée toujours aussi désabusée, Jay Baruchel (TROPIC THUNDER) en Joey Motorola (oui oui, l'inventeur du téléphone portable), Keith Powell (30 ROCK) et Craig Robinson (PINEAPPLE EXPRESS) que l'on imagine beaucoup plus exploités dans leurs impros, ou encore Ed Helms (THE OFFICE) en assistant boulet. Sans oublier la meilleure scène du film: l'apparition de Jonah Hill (SUPERBAD) dans un combat verbal de gardiens à pleurer de stupidité. On excusera facilement les quelques facilités (l'intégralité du musée disponible sur le net pour le gamin de Larry, le voyage en avion de Washington à New-York sans aucun problème) et on se dira que le film est, grâce à son festival incroyable de talents, plus qu'un divertissement débile. Cest déjà ça de le part du réalisateur de LA PANTHERE ROSE 2...
ETREINTES BRISEES de Pedro Almodovar
8/10
J'étais le premier à dire que j'allais m'endormir pendant le film quand le logo Pathé est venu à l'écran. Je n'éprouve en effet aucune affection pour Almodovar, cinéaste qui m'agace autant que ses fans qui pensent détenir la vérité absolue sur son cinéma. Un cinéma habituellement féminin avec des tas de personnages qui se lancent dans une analyse de l'amour, de la famille, et qui détiennent la vérité absolue sur les relations entre les gens. Le summum était VOLVER, sûrement ce que je considère comme son pire film, le plus ennuyant et le plus inutile de tous. Mais aucun ne m'a vraiment touché, de TALONS AIGUILLES à LA MAUVAISE EDUCATION. C'était donc à reculons que j'allais voir ETREINTES BRISEES, très mal vendu (bande-annonce à se flinguer) et mal reçus par ses fans au festival de Cannes. Habituellement, ils adorent les films que je déteste. Alors maintenant qu'ils détestent, comment allais-je réagir ? Eh bien, avec surprise et bonheur, je peux dire que j'ai adoré le nouveau Almodovar. Car justement il ne s'agit pas d'un Almodovar habituelle avec de longues tirades et des silences interminables. Il ne s'agit pas non plus d'un patchwork étant donné que tout le métrage observe des tons différents que ses précédents films. Il s'agit d'un nouveau Almodovar qui se lance non pas dans l'histoire d'une femme (merci de retirer Penelope Cruz de l'affiche) mais dans l'histoire d'un homme qui se souvient de son passé et de l'histoire qui a marqué sa vie. D'autant plus touchant qu'il s'agit là d'un acteur exceptionnel (Lluis Homar vue dans VICKY CRISTINA BARCELONA) qui offre une prestation somptueuse dans la peau de Mateo, un scénariste aveugle officiant sous le nom de Harry Caine. Mystérieux, l'homme est aidé par sa meilleure amie et le fils de celle-ci, les laissant écrire leurs histoires passionnantes ou risibles (voir l'écriture du film de vampires, hilarante). Ce que cache Harry Caine est son ancienne personnalité, l'homme qu'il était avant, Mateo. 14 ans auparavant, Mateo était un réalisateur reconnu qui allait se lancer dans le tournage de sa première comédie. Ce qui l'a marqué est l'arrivée d'une actrice de petite zone, Lena, qui va bouleverser sa vie. La première partie du film joue donc sur deux intrigues séparées par 14 ans, d'un côté l'arrivée d'un étrange réalisateur qui demande à Harry d'écrire un film aux thèmes étranges et trop personnels, et de l'autre le coup de foudre du riche Ernesto Martel pour Lena, sa jeune secrétaire particulièrement attirante, et call-girl à ses heures. ETREINTES BRISEES est un film très complexe et passionnant, et c'est la première fois qu'une telle richesse vient de l'écriture simple de Almodovar. C'est dans son montage et sa réalisation (parfaite) que le réalisateur arrive à trouver des thèmes inédits qui ressortent de thèmes classiques, tout en jouant perpétuellement avec la façon des les introduire. C'est en effet la mort de Enersto Martel qui va faire revenir Mateo à la surface et qui va lui donner envie de se confier à Diego, son aide précieuse au scénario. Plus qu'une confidence, il s'agit avant tout d'un récit amoureux sur la passion qui anime un réalisateur et sa muse, une femme aussi sublime que Lena magnifiquement bien interprétée par Penelope Cruz (comme d'habitude). Elle illumine l'écran et difficile de pouvoir dire si on la laisserait tomber, provoquant une identification immédiate avec Ernesto et Mateo. Le vieux bonhomme ne veut la laisser à sa guise et engage son fils homosexuel pour tourner un making-of sur le tournage du film. Un making-of ensuite lue sur les lèvres par une assistante, provoquant un rire immédiat lorsqu'elle lit les atrocités de Lena à Enersto, totalement impassible. De l'autre, Mateo est un auteur qui veut compléter sa vision et qui sent que Ernesto, agissant en tant que producteur, peut la compromette. Préférant la liberté (avec Lena mais aussi avec son film) plutôt que la loi du producteur (et de l'amant), il s'enfuit avec sa muse loin de tout pour oublier. Les thèmes du récit sont tous là pour faire ressurgir surtout l'amour du cinéma qui transpire dans chaque séquence. C'est aussi pour cela que le film paraît encore meilleur que les autres du réalisateur, parce qu'il concerne la pellicule qui inspire et obsède tant de cinéphiles. Réalisateur devenu aveugle, on comprend ainsi pourquoi Mateo a choisi d'épouser un autre nom pour devenir seulement scénariste, et pour oublier la capacité qu'il avait pour réaliser des films. Pourtant, quand Mateo se réveille, une seule chose lui reste à faire: finir son film, celui qu'il n'a jamais pu monter à cause de son départ, celui qu'il avait oublié après un accident de voiture traumatisant qui lui coûta la vue (et l'amour de sa vie). La dernière demi-heure du métrage est assez significative dans ce sens puisque Almodovar revient à ses premiers amours et livrent des clés assez inutiles sur les personnages (Diego est le fils de Mateo, …) et très classiques à son cinéma, mais finalement pour nous mener vers deux scènes époustouflantes. Celle où l'aveugle touche l'écran pour retrouver son amour, comme ci le cinéma étant finalement l'unique vision d'un artiste, et le discours final de Mateo qui annonce avec certitude que ce qui compte est ce qui est fini sur pellicule. Il va finir le travail inachevé de sa vie probablement pour passer à autre chose, car le film était l'ultime chose de Mateo qui restait en Harry Caine. De plus, le film présenté ressemble étrangement à une parodie des films de Almodovar, jusqu'à son titre qui renvoie à TALONS AIGUILLES (FILLES ET VALISES). Et avec des thèmes sous-jacents comme ceux-ci, impossible de ne pas tomber amoureux du film dès ses dix premières minutes, et impossible de se dire qu'on ne le verra pas une seconde fois pour en saisir toutes les nuances passionnantes.