
Dans la longue et conséquente carrière de Woody Allen (38 films en 30 ans) la période qui s’achève, celle des années 2000, s’avère être sa période la moins brillante, la plus redondante. A l’occasion de la sortie de Whatever Works cette semaine, retour sur les dix films qui ont composé son œuvre de 2000 à 2009 dans un ordre préférentiel.

2005 - MATCH POINT
L’unique bijou de Woody dans les années 2000. Après Melinda et Melinda, ce nouvel opus marque un tournant dans sa carrière. Rencontre avec sa nouvelle muse, Scarlett Johansson qu’il dirigera dans deux films suivants. L’histoire très sombre d’un ambitieux près à tout pour réussir, quitte à tuer sa maîtresse, vous glace le sang par son ironie mordante (la fameuse thèse de la balle de tennis). Dès le début de ce premier film londonien, l’air d’Opéra interprété par Enrico Caruso donne le la. Changement de cap pour le binoclard le plus célèbre du 7ème Art : on nage en plein drame. A ce propos il est d’ailleurs difficile de reconnaître la patte Allen dans ce film. A part l’histoire qui rappelle Crimes et Délits (l’homme qui tue sa maîtresse qui revient le hanter), Match Point créé un nouvel univers plus anodin en surface, moins amusant mais beaucoup plus noir en dessous. Un désespoir que l’on ne connaissait pas au maître. Pourtant il en a réalisé des drames purs mais toujours assortis à la mélancolie (les superbes Another Woman, September ou Interiors par exemple) mais celui-ci reste son plus sombre. Formidable mise en scène aussi acérée que sensuelle (une véritable déclaration d’amour à Johansson) pour un film sur la monstruosité humaine et l’amour passionnel impossible. Les meilleurs rôles - jusqu’à présent - de Jonathan Rhys Meyers et Scarlett Johansson.
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2001 – THE CURSE OF THE JADE SCORPION (Le Sortilège du Scorpion de Jade)
La comédie de Woody Allen la plus aboutie de ces dernières années. Allen, ici l’interprète principal, joue C W Briggs, détective pour une compagnie d’assurance, qui va être confronté à une nouvelle employée qui va réorganiser le bureau dans lequel il travaille. Cette femme n’est autre que la talentueuse Helen Hunt. Leurs joutes verbales sont d’une incroyable vivacité. Et leur couple fonctionne parfaitement à l’écran. Lorsque ces deux ennemis jurés vont être hypnotisés et manipulés par un magicien pour voler chez des particuliers, la comédie policière va prendre le pas sur la comédie romantique. Drôle, tonique, avec une belle reconstitution (costumes, décors), The Curse of the jade scorpion est sa comédie la plus amusante de ces années 2000. « Elle fait sa belle parce qu’elle est diplômée d’université alors que moi je ne suis diplômé que de l’auto-école » (C W Briggs).
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2009 – WHATEVER WORKS
Nouvel et dernier opus de Woody Allen pour cette décade, Whatever Works, après un petit tour par l’Espagne est le grand retour de Woody à New York. Larry David interprète Boris Yellnikoff et retrouve son réalisateur de Radio Days, plus de 20 après. David interprète formidablement un double de Woody, vieil hypocondriaque qui, sous ses dehors misanthrope, cache une grande sensibilité. Il va rencontrer l’amour sous les traits de la jeune et idiote Melodie (brillante Evan Rachel Wood) mais peut-être que leur relation ne va pas se dérouler comme prévu. Dès les premières images avec son adresse au public, on pense au grand Woody d’Annie Hall, qui lui aussi nous prenait à parti pour nous montrer à quel point la vie est étrange. On retrouve aussi Patricia Clarkson après Vicky Cristina Barcelona, resplendissante dans le rôle d’une femme qui s’épanouit au contact de deux amants. Une très bonne comédie, vivace qui montre à quel point Allen a gardé son Mojo intact. Il inclut même pour la première fois dans son univers un couple d’homosexuels. Comme quoi, même à 74 ans on peut être ouvert aux autres. Et comme le dit David à la fin du film : « Whatever Works », phrase clé à nos pérégrinations amoureuses.
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2004 – MELINDA ET MELINDA
Premier long de la décade où Allen utilise un double pour incarner ses angoisses : Will Ferrell. On retrouve des gens attablés se demandant si la vie est tragique ou comique. Sy raconte alors le début d’une histoire mettant en scène Melinda (Radha Mitchell) puis un des amis de Sy pendant la discussion reprend ses arguments en les décrivant dramatiquement. Deux Melinda, deux façons de voir une histoire et deux façons de voir la vie : le verre à moitié plein ou à moitié vide. Sans grande star cette petite comédie ne se veut absolument pas prétentieuse et marque des points par sa légèreté et sa finesse de ton. Mitchell irradie l’écran alors que Ferrell arrive péniblement à convaincre en double de Woody. Pas le meilleur film du réalisateur américain mais une comédie amplement réussie. Et le final qui ferme le film est très astucieux.
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2000 – SMALL TIME CROOKS (Escrocs mais pas Trop)
Peut-être sa comédie la plus fun de cette sélection. Moins bien écrite que Jade Scorpion ou moins fine que Melinda, Small Time Crooks n’en démérite pas pour autant et réussit, grâce à son histoire de bras cassés qui n’arrivent pas à cambrioler la banque sous laquelle ils creusent depuis des mois, à nous arracher quelques fous rires. Que ce couple, formidablement campé par Allen et Tracey Ullman, arrive à gagner de l’argent en vendant des cookies est une idée diablement efficace. En haut la femme fait fortune et en bas le mari creuse pour nada. On retrouve aussi Hugh Grant en arnaqueur raffiné. Dialogues aux petits oignons :
- « Tu te rappelles comment on m’appelait avant ? » (Allen)
-« Comment ? » (Lovitz)
– « Le cerveau » (Allen)
-« Non mais c’était sarcastique » (Lovitz). Un pur régal. Retrouver Ullman après Coups de feu sur Broadway est une pure joie. Son interprétation de la vulgaire Frenchy reste l’une des grandes attractions du film.
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2002 – HOLLYWOOD ENDING
On retrouve ici Allen dans un rôle proche de sa propre vie : réalisateur. Oui mais qui devient aveugle et va cacher la vérité à son équipe. Has been n’ayant que ce projet pour qu’Hollywood le respecte de nouveau Woody-Val va alors tenter le tout pour le tout : mentir à tout le monde, aider de son ex, la productrice du film (Téa Léoni). Beaucoup d’humour, des scènes hilarantes (surtout lorsqu’il doit s’asseoir ou choisir des éléments de décor) mais aussi des effets redondants, un concept trop étiré… Le Woody à partir de cette période va se faire moins drôle, plus prévisible. On pense au formidable Coups de feu sur Broadway où un auteur / metteur en scène de théâtre devient meilleur dès le moment où un gangster met son nez dans la mise en scène. Ici, le metteur en scène devient meilleur en devant aveugle. Nous ne sommes pas trop éloignés. Mais tout de même, quel bonheur de le voir interpréter ce réalisateur aveugle. On pense notamment à son acteur flou de Deconstructing Harry et à bon nombre de ses personnages de scénaristes-écrivains interprétés par le passé. Son dernier rôle de premier plan.
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2003 – ANYTHING ELSE (Anything Else – La vie et tout le reste)
On retrouve Jason Biggs dans un double réussi (et jeune) de Woody Allen. Ce dernier apparaît ici comme une continuation noire du personnage d’Alvy Singer qu’il interprétait en 77 dans Annie Hall et le jeune couple vedette (Biggs et Christina Ricci) en serait la descendance directe. La comparaison ne tourne pas à l’avantage d’Anything Else, qui reste néanmoins une comédie pleine de charme et de qualités. Primo, Biggs s’y montre très bon ; Ricci ne fait que confirmer la sensualité qu’elle dégage et la lumière de Darius Khondji magnifie le tout. Malheureusement on repense trop à Annie Hall en voyant cet opus. Et le personnage névrosé d’Allen (qui prend les armes après les attentats de 2001) est franchement le plus irritant de sa filmo. A voir néanmoins mais le réalisateur commence un peu à tourner en rond.
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2007 – CASSANDRA’S DREAM (Le Rêve de Cassandre)
Troisième opus à Londres, Cassandra’s Dream retrouve la saveur de Match Point, à savoir, celle du drame social. Ici deux frères qui tentent de réussir dans la vie (en gros amasser le plus de blé) interprétés avec talent par Colin Farrell et Ewan McGregor manipulés par un salopard d’oncle (maléfique Tom Wilkinson) qui les pousse à tuer. La thématique du remord d’avoir commis l’irréparable est ici formidablement illustrée malgré un suspense plutôt banal. On ne reconnaît pas non plus la patte Allen à l’écran. Noir de chez noir : on dirait que nous sommes plus face à un nouvel opus de Ken Loach. Bien réalisé malgré une lumière pauvre (volonté réaliste), bien interprété, un opus qui allait pourtant donner au spectateur l’envie que Allen réaménage à New York.
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2006 – SCOOP
Second film tourné à Londres, de nouveau avec Johansson, Scoop ne convainc pas. Simplement parce que l’intrigue policière n’est pas très intéressante (une jeune étudiante en journalisme tombe amoureuse du mauvais gars) et que l’apport comique par le biais de Woody en magicien ne prend pas. La faute aussi à une Scarlett Johansson peu crédible dans la comédie. On l’a vu dans The Island où elle devait faire rire (dans une scène de bar) puis dans Vicky… et celui là, elle n’est pas très drôle. Bonne actrice dans le drame ; sculpturale et très sexuée, nous sommes d’accord mais en comédie, il lui reste à faire beaucoup d’efforts. Là on attend vraiment que Allen réaménage à New York.
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2008 – Vicky Cristina Barcelona
Le moins réussi des années 2000. Ce qui choque le plus : son côté rempli de clichés sur l’Espagne sans aucun intérêt. Ce qui énerve autant : cette fausse provocation de faire se rouler une galoche à Penélope Cruz et Scarlett Johansson sans en filmer la sexualité torride qui aurait dû s’en dégager. Ce petit conte érotique tourne vite à court ; ses personnages étant aussi peu attachants que crédibles. Javier Bardem insupporte lorsqu’il joue l’hédoniste à fort accent espagnol (alors qu’il redevient meilleur au contact de sa compatriote Penélope Cruz), Johansson n’est pas très bonne (si dans un sens mais pas dans son interprétation), Rebecca Hall fait ce qu’elle peut avec son personnage antipathique. Seule Cruz (Oscar mérité) apporte la sexualité et la passion inhérentes à son personnage schématique et réducteur d’espagnole au sang chaud. Notons que la photo de Javier Aguirresarobe est superbe. Une ode à la découverte sexuelle franchement peu bandante. Woody s’égare dans la carte postale.
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En tournant son dernier opus à New York, Woody aurait-il tourné une nouvelle page ? N’en soyons pas si sûrs vu que son prochain long se situe normalement à Londres. En passant en revue ses dix films des années 2000, on s’aperçoit alors que cette période reste artistiquement faible au regard du reste de sa filmographie. Dans les dix films qu’il a tourné dans les années 90 on peut dénombrer cinq grands films (Deconstructing Harry ; Everyone says I love you ; Bullets over Broadway ; Manhattan Murder Mystery ; Shadows and Fog). Ensuite sur la période fin des années 70 jusqu’à fin des années 80aa, pratiquement que des grands films (Annie Hall ; Another Woman ; Hannah and her sisters…) alors qu’en penser ? Allen tourne trop ? Sûrement au vu des ses dernières œuvres mais Whatever Works fait présagé le meilleur pour la suite. Espérons le.