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Dollhouse - Saison 1 (Autre)
7/3/2009 2:29

Comme d’habitude, je dois prévenir que cet article contient un certain nombre de spoilers, donc si vous n’avez pas vu la saison et voulez garder le suspense intact, je vous déconseille de prolonger la lecture !

Lancée en février 2009 après une grosse campagne de publicité, la nouvelle série de Joss Whedon n’a connu qu’un succès d’estime. Pourtant, la nouvelle création du papa de Buffy méritait beaucoup mieux… Après le massacre de l’excellente série Firefly par la Fox (épisodes diffusés dans le désordre, annulation prématurée, 3 épisodes non diffuseés sur les 14 tournés…) et l’arrêt brutal d’Angel en 2004, qui l’a profondément affecté, on ne pensait pas revoir de sitôt Joss Whedon aux commandes d’une série TV. Et en effet, pendant 4 ans le génial créateur de Buffy s’est éloigné de la petite lucarne. Il en a profité pour mettre en scène son premier film, Serenity, qui clôt la série Firefly, et surtout pour se consacrer pleinement à l’écriture de comics, chose qui l’a toujours passionné. En 2008, il se décide néanmoins à abandonner sa semi retraite pour écrire et mettre en scène la déjantée websérie Dr Horrible’s Sing-Along Blog, intelligente variation sur le thème du super vilain. Revigoré par cette expérience, il propose à Eliza Dushku (l’inoubliable interprète de la tueuse rebelle Faith dans Buffy et Angel) de travailler avec lui sur un nouveau projet. Ce projet, c’est Dollhouse, que Whedon propose une nouvelle fois à la chaine Fox, l’équipe dirigeante de la chaine ayant change depuis les fiascos précédents.

Dollhouse prend pour cadre la ville de Los Angeles dans laquelle un organisme privé et secret, la Dollhouse, monnaye à prix d’or les services de ses agents (ici appelés « actifs » ou « dolls ») pour des missions diverses et variées. La particularité de ces actifs, c’est que ce sont des « coquilles vides ». La Dollhouse leur implante en effet une nouvelle personnalité à chaque nouvelle mission. Ils ne savent donc pas qu’ils sont utilisés et n’ont pas besoin de jouer un rôle, puisqu’ils sont la personne qu’ils incarnent. Echo (Dushku), l’héroïne de la série, est l’un de ces actifs, et c’est à travers son personnage que le spectateur découvre le monde de la Dollhouse. A l’extérieur, l’agent du FBI Paul Ballard (Tahmoh Penikett, le Helo de Battlestar Galactica), convaincu de l’existence réelle de la Dollhouse, part en croisade pour dévoiler les agissements de celle-ci…

Avec Dollhouse, Joss Whedon se lance dans un pari risqué : faire adhérer le public à une série dont le personnage principal change de personnalité quasiment à chaque épisode. Car contrairement a la Sidney Bristow de Alias, série à laquelle Dollhouse ressemble énormément (surtout en début de saison), Echo est réellement une personne différente à chaque mission, et n’est qu’une sorte de pantin sans volonté propre ni sentiments lorsqu’elle est « au repos ». Difficile dès lors de ressentir une véritable empathie pour un personnage qui n’est pas conscient de ce qui lui arrive. Pourtant, Joss Whedon parvient à rendre Echo attachante, d’abord de par le fait qu’elle est utilisée sans vergogne par la Dollhouse, n’ayant pas son mot à dire sur son sort. Certaines missions sont par exemple purement et simplement de la prostitution poussée à l’extrême, puisqu’Echo se voit implantée une personnalité créée pour tomber amoureuse du riche client payant pour ses services. D’autres sont plus classiques mais aussi plus dangereuses (infiltration d’une secte, négociation avec des kidnappeurs, vol d’œuvre d’art dans un coffre fort…). Et puis surtout, bien évidemment la surface lisse et sans accroc de la Dollhouse ne tardera pas à présenter des failles. Ainsi, malgré tous les efforts de l’organisation, certaines des dolls commenceront à ne plus réagir comme prévu, soit en prenant des initiatives sortant du cadre de la personnalité implantée (épisode 3, Stage Fright), soit en développant des sentiments lors de leurs phases de repos, ou encore en ayant des réminiscences de leur personnalité originelle. Une manière pour Whedon de s’interroger de façon intelligente sur ce qui fait la spécificité d’un être humain, sur l’existence de l’âme. Un thème qui rapproche Dollhouse du chef d’œuvre d’Alex Proyas, Dark City, avec lequel la série de Whedon partage la même foi en l’être humain, en l’idée qu’un homme est plus que la somme de ses souvenirs.

A côté de cela, Whedon développe une mythologie riche, laissant promettre de nombreux rebondissements dans les saisons à suivre (d’autant qu’il a récemment annoncé avoir prévu sa série sur cinq saisons). La Dollhouse reste ainsi très mystérieuse, et même si on apprend pas mal de choses sur son fonctionnement au cours de cette première année, de nombreuses questions restent en suspens. Quel est le but réel de l’organisation ? Comment et quand a-t-elle été créée ? Qui est à la tête de celle-ci ? Combien d’entités comporte-t-elle et où sont-elles? Autant de questions passionnantes qui tiennent le spectateur en haleine.

L’un des points forts de la série est de jouer constamment sur l’ambigüité de la Dollhouse, semant le doute dans l’esprit du spectateur. Le début de saison suggère à travers l’enquête de l’agent Ballard que l’organisation est clairement criminelle et a inventé une sorte d’esclavage moderne, mais par la suite les cartes sont brouillées. On apprend en effet que toutes les Dolls sont volontaires et liées par un contrat de 5 ans, qu’elles sont grassement payées pour leur don. De plus, la Dollhouse prend extrêmement soin d’elles, notamment en les faisant accompagner de chaperons chargés de leur protection. Enfin, le revirement de Ballard en fin de saison, qui accepte de faire équipe avec les agents de la Dollhouse pour capturer Alpha (Alan Tudyk), un actif devenu psychopathe, achève de faire douter le spectateur. C’est cette ambigüité constante qui fait tout le sel de Dollhouse.

Outre une intéressante mythologie, Joss Whedon prend un très grand soin à développer des personnages nombreux et attachants, et à leur écrire de savoureux dialogues. Fidele à sa « famille », il s’entoure de têtes connues des fans de ses créations. Eliza Dushku est bien entendu l’inoubliable Faith de Buffy et fait montre ici de tout son talent dans le rôle d’Echo. Elle passe avec aisance de personnage en personnage, mais c’est surtout lorsqu’elle est Echo qu’elle impressionne le plus, arrivant parfaitement à retranscrire cette idée de vide intérieur petit à petit contaminé par l’ancienne personnalité de la doll. A ses côtés, on retrouve Amy Acker que les fans d’Angel connaissent bien, puisqu’elle a incarné le rôle de Fred dans la défunte série. Elle joue une fois de plus un scientifique, le Docteur Saunders, médecin en charge des dolls. Un rôle un peu effacé, mais qui prend de plus en plus d’importance au fil de la saison. Dernier membre de la famille Whedon, Alan Tudyk (Huban « Wash » Washburne, pilote du Serenity dans Firefly) prend en fin de saison le rôle d’Alpha, une doll devenue psychopathe. Olivia Williams (Rushmore) est une nouvelle venue dans le petit monde de Whedon et incarne Adelle DeWitt, la directrice de la Dollhouse. Topher (Fran Kranz), le scientifique charge de créer et implanter les personnalités dans les dolls, est l’obligatoire personnage geek de la série. Enfin, les personnages de Boyd Langton (Harry J. Lennix, vu dans de nombreuses séries TV comme Urgences et 24) et Paul Ballard (Tahmoh Penikett) sont les muscles de la série.

Cependant, malgré ses nombreuses qualités, la série n’est pas exempte de défauts, le principal étant son démarrage assez lent. Une faiblesse qui a failli se solder par une annulation en fin de saison, les audiences n’étant pas exceptionnelles (heureusement la Fox a finalement décidé de financer une saison 2 de treize épisodes). Les cinq premiers épisodes sont quasiment des stand alone, présentant à chaque fois une nouvelle mission d’Echo, et n’abordant que très peu la mythologie de la série. Du coup, on a vraiment l’impression de voir un décalque d’Alias sans réel génie. Il faut attendre le sixième épisode de la saison, Man on the Street, pour que la série décolle vraiment et dévoile tout son potentiel. Dans la seconde moitié de saison, on en apprend enfin plus sur la Dollhouse, l’enquête de Ballard prend un virage inattendu, les personnages sont plus attachants (notamment celui d’Adele DeWitt) et les enjeux deviennent plus importants. Bref, on tient enfin une vraie bonne série intelligente et captivante.

On attend donc avec impatience la saison 2, en espérant qu’elle aura plus de succès et que Whedon pourra réaliser les 5 saisons qu’il a en tête.

Note : 7/10

www.cinegeouf.com




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